La langue française

L’Académie française

 

Un thème récurrent dans la vie et dans les oeuvres d’Assia Djebar est le paradoxe de la langue française: simultanément la langue oppressive des colonisateurs et la langue libératrice pour des femmes. La langue française est un moyen pour elle de reconcilier et de se battre avec son double identité féminine et algérienne.

Assia Djebar a publié son quatrième roman dans la même année de l’indépendence algérienne (1967). Déjà une écrivaine établie, Dejbar était critiquée pour son utilisation continuelle de la langue française plutôt que la langue officielle de l’Algérie, l’arabe. Quelques années après, Djebar a commenté sur ces critiques en disant  « I had just turned 40. It’s at that point that I finally felt myself fully a writer of French language, while remaining deeply Algerian »  (Voices From the Gaps).  Dans un entretien avec Lyonel Trouillot, un autre écrivan postcolonial contemporain,  Djebar a comparé les fonctionnes de ces deux langues dans son écriture, en disant:

People in Algeria who express themselves in French do so without taboo, and when they discuss questions about love or sex, they do so without any internal barriers. On the other hand, those who write in Arabic are affected by the religious shadow, not to mention that most of the books have a religious connection

Postcolonial Passages

Pour Djebar, le français ne possède pas l’ombre réligieux de l’arabe. Mais en même temps, le français n’est pas sa langue maternelle. Elle a dit, dans une interview:

Si le premier volet est de ramener le passé à travers l’écriture en français, le deuxième est d’écouter les femmes qui évoquent le passé par la voix, par la langue maternelle. Ensuite, il faut ramener cette évocation à travers la langue maternelle vers la langue paternelle. Car le français est aussi pour moi la langue paternelle. La langue de l’ennemi d’hier est devenue pour moi la langue du père du fait que mon père était instituteur dans une école française; or dans cette langue il y a la mort, par les témoignantes de la conquête que je ramène.

Mortimer, Mildred.  Entretien Avec Assia Djebar, Ecrivain Algérien.  Research in African Literatures,Vol. 19, No.2 (Summer 1988)

Djebar reprend cette question de la langue dans L’Amour, la fantasia, un livre qui se concerne beaucoup au sujet de l’écriture. En parlant de la tension entre l’arabe et le français, Djebar écrit dans le roman: « La langue française s’installe en moi comme un orgueilleux préside, tandis que la langue maternelle, toute en oralité en hardes dépenaillées, résiste et attaque, entre deux essoufflements » (299). C’est enfin le paradoxe: la langue qui est devenue la sienne était une fois la langue entachée par le sang de son peuple.

Enfin, Djebar écrit tous ses livres en français, et en 2005, était elue une membre de l’Académie Française.  Elle a dit qu’elle espérait que son élection faciliterait la traduction de tous les auteurs francophones en Algérie, au Maroc et en Tunisie en arabe, et elle a mis en évidence les obstacles auxquels les écrivaines féminines se trouvent face :

 Le Maghreb a refusé l’écriture. Les femmes n’écrivent pas. Elles brodent, se tatouent, tissent des tapis et se marquent. Ecrire, c’est s’exposer. Si la femme, malgré tout, écrit, elle a le statut des danseuses, c’est-à-dire des femmes légères

NYU

 

Assia Djebar  •   Les guerres d’Algérie  •   L’Amour, la fantasia   •  Ses autres oeuvres  •  La langue française •  Le féminisme   •  La représentation du voile

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