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Entre les murs et l’importance du langage

Dans le roman Kiffe kiffe demain, Faïza Guène illustre bien l’éloignement social entre les  Français « de souche » et les habitants de sa propre communauté de banlieue par leurs clivages linguistiques. Comme l’ont montré d’autres étudiants en cours et ici sur le blog, la narratrice écrit parfois en verlan et emploie un style plutôt familier. Quand elle prononce le mot « Job » à l’anglaise, par exemple, sa prof de français lui crie « Parr votrrre faute, le patrrrimoine frrrançais est dans le coma ! » (152).

On voit un accent pareil sur le langage dans le film Entre les murs de Laurent Cantet, qui a gagné la Palme d’Or à Cannes en 2008. Le film se déroule dans un collège du vingtième arrondissement de Paris, un quartier assez pauvre même s’il est dedans les frontières de la ville. Cantet met en scène de manière franche l’environnement quotidien d’une seule classe et les tensions qui s’y manifestent entre le prof blanc et ses élèves d’origines diverses.  Dans la scène que j’ai mise ci-dessous, le prof essaie d’enseigner l’imparfait du subjonctif du verbe « être » (Il fallait que je fusse, etc.). Une élève de la classe proteste que personne ne parle comme ça (« Mais vous croyez vraiment que je vais allez voir ma mère et que je lui dirai ‘Il fallait que je sois fusse…’ ?»), alors qu’un garçon affirme « C’est dans le Moyen Age! ».  Ces protestations renforcent l’idée que ces spécificités soutenues de la langue française n’ont rien à voir avec la vie que partagent les enfants de ce quartier ; cette classe marque le lieu de rencontre entre un monde statique dans son emploi de la langue et un autre dont les habitants ne s’intéressent pas du tout à des règles qui n’ont aucun sens pour eux.

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Je vous conseille vivement d’aller voir ce film…

Haïti et la dette extérieure

Dans l’épilogue de son livre Avengers of the New World, Laurent Dubois fait mention d’une indemnité payée par l’état haïtien à la France après vingt ans d’indépendance, inaugurant un « cycle de dette » qui a duré jusqu’au XXième siècle :

« In 1825, the Haitian government agreed to pay an indemnity to France in return for diplomatic and economic relations. Exiled planters had been clamoring for such payment for years : it was meant to repay them for what they had lost in Saint-Domingue…(303) »

On commence à voir des allusions à cette dette dans les médias comme les journalistes se bousculent pour expliquer l’état actuel du pays. Dans un article sur « l’avenir d’Haïti » pour BBC Caribbean, par exemple, l’ancien diplomate Ronald Sanders cite cette dette pour soutenir qu’il faut tenir compte de l’histoire des relations extérieures avec Haïti en reconstruisant le pays :

“Up until 1947, the Haitian state paid reparations demanded by France for plantations and slaves owned by the French…. As much as 70% of Haiti’s gross domestic product (GDP) was extracted every year for over a hundred years to pay the reparations demanded by France and endorsed by the US and some European nations including Britain.”

L’historienne haïtienne Gusti-Klara Gaillard écrit dans son livre L’Expérience haïtienne de la dette extérieure que l’incapacité des pays en voie de développement de payer une dette extérieure peut expliquer bien des problèmes dans le « tiers monde » aujourd’hui.

« Actuellement, le problème du service de la dette extérieure est source de nombreuses tensions politiques et sociales dans les pays fortement débiteurs. Leurs gouvernants évoquent l’impossibilité de consolider (voire de construire) la démocratie tout en appliquant les exigences d’ ‘assainissement budgétaire’ du Fonds Monétaire International…. (9) »

En plus, d’après Gaillard, le « chaos politique et économique » en Haïti avant l’occupation américaine de 1915 à 1934 « avait aussi des racines dans le service de la dette extérieure (10).» Ce qui est même plus révélateur, c’est que le gouvernement haïtien a proposé de payer cette indemnité à la France pour mettre fin à son isolement sur la scène internationale. De cette manière, on peut dire que cet acte a marqué le début d’une nouvelle politique « néocolonial » en France envers ses anciens territoires d’outre-mer.

Voici un appel par l’organisation Oxfam à annuler la dette extérieure haïtienne actuelle- [kml_flashembed movie="http://www.youtube.com/v/jxWHHewEMrc" width="425" height="350" wmode="transparent" /]