Les quatres saisons du parc Monceau dans la littérature classique
HIVER: Alphonse Daudet: L’évangéliste: Daudet décrit le parc Monceau blanc, glacé et isolé. (1883)
Un grand feu doux brûlait sous une haute glace sans tain encadrant le parc Monceau, ses pelouses anglaises, ses rocailles, le petit temple grelottant dans le ciel noir, au nu des arbres dépouillés ; paysage d’hiver parisien dont la tristesse rendait plus pénétrant l’intérieur fleuri, étincelant de laques, de cuivres, de craquelés, d’une quantité de bibelots et d’étoffes bigarrées comme une palette, des paravents bas près des fenêtres, des sièges qui se groupaient autour de la cheminée, espacés pour la causerie.
PRINTEMPS: Guillaume Apollinaire: L’hérésiarque et Cie: Le narrateur raconte une épisode où il ne peut pas dormir, choisissant plutôt parcourir Paris. (1910).
Un matin, à cinq heures, une insomnie m’avait fait me lever et sortir. C’était la fin de mars. Les rues bleuissaient, froides et désertes. Des porteurs de journaux passaient. Les sous-sols des boulangeries laissaient sortir la chaleur de la dernière fournée, et des gens nus et enfarinés gesticulaient, tachés de lueurs venues du brasier. Je suivis le boulevard de Courcelles et longeai le parc Monceau, à cette heure plein de chants d’oiseaux et du mystère suscité par l’étang que veille la colonnade ruinée, tandis que les arbres élançaient le galbe de leurs fûts et secouaient leur frondaison nouvelle.
ÉTÉ: Guy de Maupassant: Bel Ami: Forestier fait l’éloge du Parc Monceau en tant que le lieu parfait pour se promener les soirs estivaux, plein de lumière, de musique et de jolies dames (1885).
Qu’est-ce que nous ferions bien? demanda Forestier. On prétend qu’à Paris un flâneur peut toujours s’occuper; ça n’est pas vrai. Moi, quand je veux flâner, le soir, je ne sais jamais où aller. Un tour au Bois n’est amusant qu’avec une femme, et on n’en a pas toujours une sous la main; les cafés-concerts peuvent distraire mon pharmacien et son épouse, mais pas moi. Alors, quoi faire? Rien. Il devrait y avoir ici un jardin d’été, comme le parc Monceau, ouvert la nuit, où on entendrait de la très bonne musique en buvant des choses fraîches sous les arbres. Ce ne serait pas un lieu de plaisir, mais un lieu de flâne; et on paierait cher pour entrer, afin d’attirer les jolies dames. On pourrait marcher dans des allées bien sablées, éclairées à la lumière électrique, et s’asseoir quand on voudrait pour écouter la musique de près ou de loin. Nous avons eu à peu près ça autrefois chez Musard, mais avec un goût de bastringue et trop d’airs de danse, pas assez d’étendue, pas assez d’ombre, pas assez de sombre. Il faudrait un très beau jardin, très vaste. Ce serait charmant. Où veux-tu aller?”
AUTOMNE: Guy de Maupassant: Fort comme la mort: Le narrateur, Bertin, lie le parc Monceau avec la musique et la mémoire (1889)
Dès qu’il fut dans la rue, un besoin d’errer le prit, car toute musique entendue continuait en lui longtemps, le jetait en des songeries qui semblaient la suite rêvée et plus précise des mélodies. Le chant des notes revenait, intermittent et fugitif, apportant des mesures isolées, affaiblies, lointaines comme un écho, puis se taisait, semblait laisser la pensée donner un sens aux motifs et voyager à la recherche d’une sorte d’idéal harmonieux et tendre. Il tourna sur la gauche au boulevard extérieur, en apercevant l’éclairage de féerie du parc Monceau, et il entra dans l’allée centrale arrondie sous les lunes électriques. Un gardien rôdait à pas lents ; parfois un fiacre attardé passait ; un homme lisait un journal assis sur un banc dans un bain bleuâtre de clarté vive, au pied du mât de bronze qui portait un globe éclatant. D’autres foyers sur les pelouses, au milieu des arbres, épandaient dans les feuillages et sur les gazons leur lumière froide et puissante, animaient d’une vie pâle ce grand jardin de ville.



