GRADUATE STUDENT EXCHANGES

ENS; Université de Paris 7-Diderot

Depuis 1990, dans le cadre des accords internationaux, la Duke University accueille chaque année des étudiants qui passent une année universitaire sur le campus.  Inscrits en sciences humaines, en sciences sociales, ainsi qu’en sciences naturelles, ils poursuivent  études supérieures et recherches de pointe.  Certains font également l’expérience d’enseigner.

Se trouvent ci-dessous les témoignages des boursiers de la promotion 2013-2014.

 

Hugo Bouvard, ENS, rue d’Ulm

Mon année en tant que Lecturing Fellow au sein du Département de Romance Studies, et plus précisément dans le French Language Program s’achève.  Je me concentrerai ici sur l’impact qu’a eu cette année sur mon parcours académique.

Tout d’abord, il est important de préciser que je suis parti à Duke après l’obtention de mon Master 2 de sciences sociales (à l’EHESS, Paris), et avant une probable inscription en thèse. Je travaille sur la politisation des questions de genre et de sexualités au sein des partis politiques français et plus précisément sur le militantisme LGBT au Parti Socialiste et à l’UMP.

De fait, je n’avais pas d’obligations académiques et disposais donc de beaucoup de temps libre, malgré la charge d’enseignement. Je n’ai pas à proprement parler effectué de recherches mais les cours suivis et les conférences et talks auxquels j’ai pu assister ont permis, dans une certaine mesure, à mon projet de thèse de maturer. De plus, les ressources (notamment électroniques : accès à Jstor, etc.) qu’offrent les bibliothèques et le temps libre dont je disposais m’ont permis de rédiger un article actuellement en cours d’évaluation par une revue importante dans le champs des sciences sociales.

J’ai suivi, en tant qu’auditeur libre, deux cours au premier semestre. De niveau undergraduate, ils m’ont permis de lire des textes importants de théorie queer et féministe, sans que le rythme ne soit trop soutenu. Bien que n’étant pas officiellement inscrit, j’ai participé aux discussions en classe, et parfois rendu des notes de lectures, ce qui m’a permis de rester impliqué dans la dynamique du cours. Néanmoins, le niveau des élèves est disparate, et la place que prennent les interventions des élèves dans le cours considérable, ce à quoi nous ne sommes généralement pas habitué-e-s, en tant que Français-es.

Au second semestre, j’ai suivi un cours de niveau graduate, enseigné par Anne Garréta, sur le féminisme matérialiste français. Là aussi, j’ai lu énormément de textes canoniques, allant du marxisme au post-modernisme en passant par tout l’éventail des gender studies. Le rythme beaucoup plus intense et la durée hebdomadaire du cours (presque 3 heures) a rendu l’expérience un petit peu éprouvante mais très enrichissante. Les discussions de haut niveau m’ont fait beaucoup progressé dans ma compréhension de nombreux débats théoriques. Cependant, on n’a abordé en cours qu’une petite partie des lectures requises pour telle ou telle séance, ce à quoi il faut s’attendre tant les cours de niveau graduate sont souvent ambitieux [(dans leur syllabus par exemple)].

Globalement, je conseillerais aux étudiants arrivant à Duke pour une année de s’y prendre assez en avance dans la recherche de cours qu’ils ou elles souhaiteraient suivre. Il ne faut pas non plus hésiter à écrire aux professeurs, [globalement] beaucoup plus disponibles que ce à quoi nous sommes habitué-e-s en France. N’ayez pas non plus peur d’assister à plusieurs cours au départ avant de faire votre choix : cette sorte de zapping est institutionnalisée ici.  Fréquentez les départements qui vous intéressent : il y a toujours un événement, une conférence, généralement suivis d’un buffet, auxquels vous pouvez rencontrer d’autres grad students ou instructors et ainsi établir des contacts amicaux et/ou professionnels. Enfin, si vous êtes intéressé-e-s par les questions de social justice, n’hésitez pas à suivre pages facebook, comptes twitter et autres avatars des réseaux sociaux car les activistes de Duke y sont généralements très actifs/ves, et c’est là où j’ai obtenu beaucoup d’informations sur les événements qui se déroulaient sur le campus et qui ne sont pas forcément annoncés dans le Chronicle, le journal des élèves.

 

Caroline Miller, ENS de Lyon

Je suis étudiante en Master 1 d’anglais et j’ai passé un an à Duke University, à Durham en Caroline du Nord, où j’ai enseigné le français à des étudiants de licence. Pendant cette année, j’ai également réalisé mon mémoire de civilisation américaine. Mon sujet est sur la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act). L’université de Duke a été un endroit privilégié pour effectuer ces recherches. J’ai pu profiter des nombreuses bases de données de l’université: LexisNexis ou HeinOnline pour le droit, ainsi que des sites permettant l’étude d’archives du Congrès américain. De plus, la bibliothèque est immense et des bibliothécaires spécialisés sont présents à toute heure de la journée et de la nuit pour aider les étudiants. J’ai également assisté à de nombreuses conférences sur les thèmes qui m’intéressaient pour mon mémoire, la politique étrangère, le terrorisme ou la sécurité du territoire américain. Elles étaient souvent organisées par la Sanford School of Public Policy ou la Duke Law School. J’ai également pu assister à des cours qui ne faisaient pas parti de mon cursus, comme un cours de droit international à la Duke Law School et un cours “undergrad” de théâtre. En effet, l’offre de cours à Duke est extrêmement variée; de plus, j’ai remarqué que certaines disciplines comme les “gender studies”, “queer studies” ou “black studies” sont plus reconnues ou mises en valeur ici qu’en France.

Le système universitaire américain est très différent du système français. En réalité, durant cette année j’avais toujours du mal à décrire mon cursus français aux américains, où même en quoi consistait l’ENS. Ici, “Undergrad” dure 4 ans, “Grad School” dure 2 ans; il y a assez peu d’ambiguités. Expliquer le système des prépas et des écoles normales supérieures est assez compliqué. J’ai pu observer le monde de la “greek life” (les sororités et les fraternités) que l’on peut voir dans les films américains, à travers mes élèves et les événements sur le campus, comme le LDOC (last day of school, jour de beuverie, d’activités et de concerts sur le campus). D’un point de vue culturel, j’ai surtout beaucoup apprécié la diversité des associations étudiantes et l’immense talent des groupes artistiques comme le groupe de salsa, de danse et de musique indienne ou de danse contemporaine. Les universités américaines encouragent beaucoup ce genre d’initiatives et de nombreuses représentations ont eu lieu pendant l’année. Les étudiants de Duke sont poussés à être créatifs et innovants.

J’ai énormément appris en enseignant: j’ai acquis des qualités de “leadership”, j’ai essayé d’être créative durant mes cours et d’apprendre à bien m’exprimer pour communiquer avec mes élèves et les aider à progresser. Je suis heureuse d’avoir eu cette expérience très concrète de l’enseignement. En effet, mon master d’anglais et la préparation de l’agrégation que je vais aborder l’an prochain sont plutôt théoriques. Quant à mon séjour dans la ville de Durham elle-même, il m’a permis de découvrir une ville dont on parle peu en France. Elle est très intéressante car elle est extrêmement prometteuse. Si les quartiers étaient quasiment déserts il y a une dizaine d’années, le centre ville est aujourd’hui plutôt vivant, avec des boutiques originales et décalées, des “concept stores” et de bons restaurants. Cependant, je n’avais pas de voiture et n’étais donc pas très indépendante. Heureusement, j’habitais dans un appartement très bien desservi et j’ai beaucoup utilisé le bus, grâce à un pass pourvu par l’université.

L’expérience était vraiment enrichissante. J’ai pu connaître une partie des Etats-Unis assez méconnue en France comparée à New York ou la Californie, tout en découvrant le système universitaire américain. C’était agréable de ne plus être étudiante pour un an, et d’être “de l’autre côté du bureau”, tout en profitant des opportunités du superbe campus d’une prestigieuse université américaine.