Zeina Abirached

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Zeina Cartoon

BILINGUAL WORKSHOP/A FRENCH-ENGLISH WORKSHOP WITH ZEINA ABIRACHED

Graphic writer, born in Beirut, Lebanon, currently working and living in Paris, France

 Zeina visited  Duke University on

  Monday Sept. 23 to Thursday, Sept. 26

watch Zeina Abirached’s lecture

The Francophone comic book tradition inspired her first experiments in graphic writing.  Trained in the graphic arts in the Lebanon, and at “Arts Decoratifs” in Paris, she has created 4 narratives: Catharsis: Beyrouth, Je me souviens, 38, rue Youssef Semaani, all inventive in style and format.

      French and Arabic is the bilingual mix energizing all of her writing, its images and sounds. Abirached explores the wonder and confusion of trying to make sense of 1 language through another.  And she’s quick to share the funny misunderstandings and insights that result.  For anyone who has attempted to go native in another culture through its language, her work offers a whimsical text-book of sorts.

      Growing up during the Civil War that wracked Lebanon in the 1980s, much of her work is marked by the experience of living in a zone of conflict.  She introduces us to her circumscribed world of East Beirut sectioned off from the Western part of the city by a wall.  Her narratives take us along the streets and into the apartments of her cast of characters to show us how people live from day to day in a kind of limbo — under indefinite threat.  For an example of her war writing, see her Jeu des hirondelles, which she presents her in its English translation , Game of Swallows:   http://www.youtube.com/watch?v=8CJYscz8N7k and http://www.youtube.com/watch?v=1gZ5rUMv9DQ

      Throughout her work her playful humor is apparent, often expressed through the point of view of an irrepressible young woman, which you can see here in her most recent short piece, Mouton : http://www.youtube.com/watch?v=RsZfqWKJ7i8

     Her current project will be one of the subjects she will talk about during her Duke visit.  “Beirut Partita” is the story of the discovery of an abandoned Oriental piano, and in her signature style, a fresh one from a child’s perspective on cultures caught in conflict.

     For further details on all her books in their original French [and Arabic], consult her editor, Éditions Cambourkis: http://www.cambourakis.com/spip.php?article278


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Compte-rendu de l’intervention de Zeina Abirached

du mercredi 25 septembre 2013

Si l’intervention de Zeina Abirached à Duke le mercredi 25 septembre 2013 n’était pas sa première sur le sol américain, c’était cependant la première du genre pour la jeune auteure libanaise de romans graphiques. En effet, en novembre 2012, Abirached avait participé à la conférence internationale sur la bande dessinée francophone de Miami University, dans l’Ohio, mais son public était alors bien différent. Mercredi, près de cent étudiants de premier et deuxième cycles l’ont écoutée quasi religieusement présenter certaines de ses œuvres autobiographiques les plus marquantes, Mourir, partir, revenir – Le Jeu des hirondelles (2007) et Je me souviens – Beyrouth (2008) et parler de son parcours personnel et professionnel pour le moins atypique. Abirached, née à Beyrouth en 1981 grandit avec la guerre civile comme quotidien. Elle raconte comment le mur au bout de sa rue qui les protégeait des francs-tireurs et marquait la limite entre l’est et l’ouest de la ville marquait aussi pour elle la limite du monde, en quelque sorte. Ce n’est qu’en voyant le ballon qu’elle avait laissé échapper de sa main disparaître derrière le mur qu’elle a réalisé qu’il y avait quelque chose de l’autre côté. Cette anecdote, illustrée en noir et blanc dans sa première œuvre, Beyrouth-Catharsis (2006), l’unique d’ailleurs réalisée alors qu’elle était toujours à Beyrouth, révèle l’un des thèmes principaux autour desquels Abirached construit ses romans graphiques : la question de territorialité et d’espace dans la ville, thème prenant d’autant plus de sens en temps de guerre.

Les romans graphiques d’Abirached sont truffés de références à la géographie des rues, de la ville, au parcours qu’elle devait effectuer avec son frère pour aller chez ses grands-parents, vivant littéralement à deux coins de rue. Mais si la guerre est à l’origine de cette division de l’espace, et est présente de bout en bout des bandes dessinées d’Abirached telle une toile de fond, elle n’en est jamais vraiment le personnage principal et est toujours située au-dehors. Le Jeu en constitue le meilleur exemple : illustré au début du roman graphique, le monde extérieur associé à la guerre n’apparaît plus par la suite que par l’intermédiaire de la radio, l’action se déroulant uniquement à l’intérieur de l’appartement familial. L’auteur a en effet choisi de raconter son quotidien du point de vue d’une enfant, vivant en temps de guerre il est vrai, mais vivant surtout au sein d’un foyer familial aimant et vivant une vie d’enfant marquée par la guerre mais aussi par la confection de gâteaux, les rencontres avec les voisins, les jeux auxquels elle se livrait avec son frère. Ce choix n’est pas anodin, Abirached explique en effet que raconter le quotidien de la guerre civile à travers des yeux d’enfant permet un décalage avec la réalité, l’instauration d’une certaine distanciation dans laquelle s’infiltre l’humour afin, au final, de rendre les choses les plus terribles racontables. Dans le même ordre d’idée, l’anecdote du voisin, Ernest, citant Cyrano de Bergerac par cœur en pleine nuit alors qu’ils sont tous réunis et que les obus éclatent dehors illustre ce que le personnage représentait pour elle à cette époque : une bulle d’imagination et de rêve. Elle avoue cependant avoir du mal à prendre de la distance avec les personnages de ses parents et à leur donner voix dans ses romans, car sans doute trop proches d’elle, ceci étant la raison de leur absence notamment dans Le Jeu, dont l’histoire se déroule une nuit où tout l’immeuble attend justement leur retour.

A travers les œuvres de Zeina, nous faisons donc la connaissance de sa famille et de ses voisins, certains apparaissant dans plusieurs de ses romans graphiques. Lors de son arrivée à Paris en 2003, après avoir obtenu son diplôme de graphisme à l’Académie libanaise des Beaux-arts de Beyrouth, l’auteur raconte comment elle a été frappée par l’absence de communication avec ses voisins, à mille lieux de son quotidien à Beyrouth où tout le monde connaissait tout le monde. Cette différence culturelle et relationnelle fondamentale marque d’ailleurs le détonateur de son deuxième roman graphique, le premier réalisé hors de Beyrouth à Paris – 38, Rue Youssef Semaani (2006) permettant d’ailleurs une lecture ludique, à la fois horizontale et verticale grâce à ses pages s’ouvrant sous forme de dépliant et dévoilant un de ses voisins de Beyrouth à la fois.

Si Abirached déplore le mutisme voire même l’amnésie de la société libanaise au sujet de la guerre civile (1975-1990), totalement absente des programmes scolaires et de la scène publique, elle espère l’utilisation récente de certaines de ses œuvres (encore non traduites en arabe, certainement dû à l’absence d’une tradition de la bande dessinée au Liban) dans les écoles comme exemple de ce genre littéraire méconnu permettra à un dialogue au sujet de la guerre civile d’éclore.

Souvent comparée à l’auteure de bandes dessinées et réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi (Persépolis, 2000-2003 puis adapté au cinéma en 2007), l’espace central de la famille et de la mémoire dans leurs œuvres semble pourtant être le seul vrai point commun entre les deux artistes. En effet, au-delà de leurs origines orientales communes, de leur choix d’un graphisme en noir et blanc, et de la présence de la guerre comme toile de fond chez les deux auteures décrivant leurs jeunes années, il est essentiel de souligner que là où Satrapi s’attarde sur les détails historiques et sur la violence de la révolution islamique, Zeina Abirached privilégie la tendresse familiale et relègue la guerre à une page blanche, un vide, littéralement.

La bande dessinée mêlant texte et image, Zeina Abirached est toujours à la recherche de procédés graphiques lui permettant de traduire des émotions ou des idées autrement que par des mots. C’est ainsi que les bouffées de cigarettes qui se multiplient et le tic-tac de la montre qui envahit l’espace de la page expriment tous les deux l’idée du temps qui passe et qui s’étire, le stress et l’attente interminable des personnages… Alors qu’elle est en pleines recherches pour un nouveau projet centré sur le piano découvert par son grand-père permettant de jouer à la fois des morceaux occidentaux et orientaux, elle a partagé sa difficulté du moment avec nous ; trouver un moyen de rendre compte graphiquement du tempo variable de la musique. Mais nul doute qu’elle y parviendra, et c’est avec hâte que nous attendons la sortie de son nouveau roman graphique s’aventurant cette fois dans l’âge dorée du Beyrouth des années 60. Si Abirached semble vouloir explorer une autre facette de ses talents de créatrice en s’éloignant pour la première fois de la veine autobiographique, elle avoue tout de même voir ce piano « bilingue » comme une version d’elle-même, à cheval entre deux langues et deux cultures, et la musique comme un lien avec l’âge d’or passé du Liban. Avec la musique comme représentation de la mémoire collective et le piano comme métaphore d’elle-même, son projet poursuit donc dans la quête identitaire de l’auteur.

Rapporteuse : Sandie Blaise