Olfa Riahi

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Compte-rendu de l’intervention d’Olfa Riahi du mercredi 26 mars

L’intervention de la bloggeuse et journaliste indépendante tunisienne Olfa Riahi marque sa première apparition aux Etats-Unis. Connue pour avoir dévoilé l’implication de l’ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, dans des affaires de corruption – affaire connue sous le nom de « Sheraton Gate » – Riahi a décrit son parcours professionnel mais aussi personnel qui l’a menée de chef de sa propre entreprise à 24 ans à journaliste, bloggeuse et militante.

Née à Tunis au sein de la classe bourgeoise, de son propre aveu, Riahi y a fait ses études à l’Ecole de Hautes Etudes Commerciales. Diplômée en commerce international en 2006, elle décide d’ouvrir sa propre entreprise spécialisée en traduction, sous-titres et interprétariat recouvrant 13 langues, qui devient le premier centre de service linguistique en Afrique du nord. Elle devient également la première Tunisienne à prendre part au site internet « minutebuzz » en participant au lancement de sa version française. En 2010, soit un an avant le Printemps arabe, l’un de ses anciens professeurs dirigeant une station radio abordant principalement les questions d’économie sollicite ses connaissances en gestion de site internet, et elle se voit alors offrir un poste d’animatrice radio.

N’ayant aucune idée de la censure opérée par le gouvernement, ni de ce qui se passe alors pour les classes sociales moins aisées, c’est à travers les réseaux sociaux que Riahi prend réellement conscience des problèmes sociaux et politiques tunisiens, ainsi que de la détresse dans laquelle se trouve une grande partie de ses compatriotes. C’est l’immolation de Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant, le 17 décembre à Sidid Bouzi qui déclenche son activisme ainsi que celui de nombre de ses compatriotes qui se retrouveront dans la rue quelques semaines plus tard et entameront la révolution. Même si elle ne se définissait pas encore comme militante à cette époque, c’est cet incident traumatique et preuve incontestable de détresse ultime qui l’a reliée à d’autres membres de sa génération.

Riahi se penche alors sur les injustices sociales et politiques du gouvernement, et commence son activisme sur Facebook, démontrant ainsi l’utilisation particulière des Tunisiens de la plateforme. Le 14 janvier 2011, jour où le président d’alors Zine al-Abidine Ben Ali est poussé vers la sortie par le mouvement populaire, plus de 500 « amis » de Riahi changent leur photo de profil et affichent un drapeau tunisien pour montrer leur soutien à la révolte. A tel point que le gouvernement, dans l’incapacité de censurer Facebook mais voulant tout de même bloquer cette manifestation de résistance, en vient à en modifier les paramètres afin d’empêcher ses utilisateurs de changer leur photo de profil.

La place Kasbah à Tunis, lieu de rassemblement pour les révolutionnaires, ne désemplit pas immédiatement après le départ de Ben Ali. En effet, son régime étant toujours en place, la répression à la suite des incidents est en fait qualifiée par Riahi d’encore pire. De plus, même si les manifestants venus de toute la Tunisie ont obtenu de Ben Ali son départ, ce n’est pas au fond le vrai but de la révolution. Elle déclare ainsi que l’objectif étant de se révolter face à l’injustice et à l’oppression, et de manifester la nécessité d’aller vers une vraie démocratie, la révolution ne peut se résumer à un moment précis, et est en fait toujours en cours. En effet, même si Riahi avoue avoir été proche du parti du Président actuel, Moncef Marzouki, elle déclare cependant avoir été déçue, à l’image de beaucoup d’autres jeunes qui cherchaient, à travers la révolte, une solution hors du schéma traditionnel opposant le pôle laïque à celui islamiste qui, au-delà de leurs différences idéologiques, partageaient le même programme social et économique, celui-là même qui a poussé les manifestants dans la rue. Les partis politiques actuels ne sortant toujours pas de la question d’identité nationale, ne proposant pas d’alternative à la situation économique du pays et n’abordant pas la question de l’emploi et du chômage, Riahi indique être toujours à la recherche de cette troisième voix.

A la question « peut-on être activiste et journaliste ? », elle répond que si les deux qualificatifs sont sans doute incompatibles en temps normal, l’un ne doit pourtant pas aller sans l’autre lors d’une révolution. C’est dans un but d’indépendance qu’elle a créé son premier blog anonyme lui permettant de continuer à s’exprimer sur l’actualité, et qu’elle a quitté son poste d’animatrice radio fin 2010, pour retourner travailler dans son entreprise afin de se financer. Riahi qualifie ainsi le journalisme comme un « loisir », un travail gratuit, et considère cette situation nécessaire à son principe d’indépendance.

En 2012, après une formation en journalisme d’investigation en France, Riahi se plonge dans le cas d’Abdessalem, et projette de révéler des informations accablantes sur son blog. Cependant, faisant partie de l’équipe pluridisciplinaire autorisée à enquêter sur les condamnés à mort tunisiens et financée par l’association « Ensemble contre la peine de mort » (ECPM) [voir le livre qui en résulte : Le Syndrome de Siliana], et encouragée par le directeur du projet, Sami Ghorbal, d’attendre la fin de la mission, elle reporte ses révélations à plus tard. Le 24 décembre, Riahi révèle la corruption du ministre des Affaires étrangères d’alors : « l’affaire Sheraton Gate ». Elle démontre que le ministre, gendre du président du parti islamiste, s’est servi de l’argent du contribuable ainsi que celui provenant d’un don chinois d’un milliard de dollars initialement destiné au Trésor Public tunisien, pour régler des dépenses personnelles.

A l’heure actuelle, après avoir été interdite de voyager pendant 8 mois, Riahi elle-même fait toujours l’objet d’une enquête comprenant 7 chefs d’accusation allant de l’atteinte à l’ordre public à la révélation d’un secret d’état. 35 avocats bénévoles travaillent pour elle. Abdessalem a été inculpé en janvier dernier, mais a fait appel de cette décision.

Rapporteuse: Sandie Blaise